Mesdames, vous m’avez eu, j’abdique ! L’heure est venue de passer aux aveux. La marée de testostérone se retire, le glas va sonner chez les glands !

Pas de chambre d’hôtel aujourd’hui, ni de nid douillet pour se pavaner ou jouer le bravache. Je baisse mon froc en pleine rue, slibard aux chevilles sous le regard médusé des passantes, envahi d’un sentiment honteux et pour autant déjà soulagé de libérer ma conscience et celle des semblables qui oseront me suivre dans cette rédemption.

J’ai pêché, j’expie !

Je suis lâche, l’homme est lâche et au nom de tous j’ose vous le confesser : nous sommes lâches ! Tenez-vous le pour dit, je ne saurais le répéter davantage devant votre tribunal déjà constitué.

Même si je fais ici le premier pas, combien de fois ai-je laissé cette tâche risquée mais décisive à l’autre côté de la table ou au siège adjacent ? Au risque de passer au mieux pour un désintéressé, au pire de laisser filer la belle.

Combien d’histoires placées sous sédatif, espérant que l’usure pousserait l’autre à faire le dernier pas ?

Combien de non-dits savamment orchestrés dans l’unique but de ne pas ternir le reflet idéalisé par ce conjoint ?

Combien de réunions fictives (pour les infidèles), de simulations de maladies graves (rhume, tendinite, égratignure…) pour esquiver sous peine de trépas le dîner chez la belle-mère qui se faisait une joie de nous recevoir et avait déjà passé une demi-journée à verser une boîte de piémontaise dans un bol pour donner l’illusion du fait maison, avec amour, bien entendu.

« Combien de temps combien de temps
Si on restait face à face sans un mot
Sans une gomme qui efface »
(Stephan Eicher, Combien de temps)

Assurément un temps long si on ne regardait pas un peu plus profondément dans les yeux de cet homme qui parfois se cache. Car si l’on exclut les mauvais, lâches par perversité ou manipulation, on pourrait observer une tribu de mâles évolués ayant déserté le rocher du zoo de Vincennes – où la loi du coït permanent et imposé prime sur le romantisme – pour une vie contemporaine faite de drames, de doutes, de détresses, de danger, de discordes, de désarroi, de déroute, de défiance ou encore D, la réponse D.

Lâche dites-vous ?

Car s’il est effectivement lâche comme annoncé, l’homme du jour est aussi et surtout un animal craintif ou parfois maladroitement attentionné et cette lâcheté apparente cache parfois une simple peur. Peur de blesser, peur d’échouer, peur de décevoir, peur de son ombre.

Cet animal de compagnie que vous venez d’adopter après de longues heures à swiper vers la gauche ou la droite, ne demande qu’à se familiariser avec son nouvel environnement et même s’il remue la queue quand vous lui tendez les bras, il reste profondément imprégné de ses angoisses passées, des abandons, des refuges, des gamelles vides et des gamelles des autres.

Alors soyez sans crainte mesdames, cette dissimulation émotive n’est souvent qu’un miroir aux alouettes pour adoucir son cœur et sa tête (alouette) et vous préserver de ce qui l’effraie. Patience et résilience feront bientôt de lui le compagnon affectueux et fidèle qui ne se cachera plus sous lit au moindre tremblement. Soyez attentive, il sera à l’écoute. Soyez directive, il vous suivra partout. Soyez aimante, il saura vous le rendre. Soyez indulgente, il se lâchera.

Maintenant que je vous ai toutout dit. Ne lâchez rien. Surtout pas le chien.

Crédit photo : Adobe / TheVisualYouNeed

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