Mesdames, mesdemoiselles, mesdames, je vous invite à bord de notre rencontre. J’ai l’air – de rien – et le temps à y consacrer. Larguez les amarres et vos maris indélicats. On embarque !
Quand on m’a demandé de vous parler de l’actualité du cœur des hommes, ou du moins de celui qui m’anime, qui bat souvent trop fort, celui que j’abrite ou parfois dissimule voire congédie lorsque la décharge veut m’arracher de trop fortes fibrillations.
Je me voyait déjà, plume à la main, scribe de vous, mesdames, avancer sur l’ère d’un sillage inspiré, poussé par l’inertie de mon navire amiral, fier commandant d’un bord qui ne demande qu’à rejoindre l’autre au milieu d’un océan affectif tempétueux qui voudrait à discrétion nous éloigner davantage les unes des nôtres.
Rencontre d’un autre genre
Je décidais de prendre le large, le départ de cette grande transat qui devait nous mener toutes et tous vers des mers australes plus apaisées.
Je passais la ligne de départ en vainqueur promis et déjà l’homme goujat, flibustier de l’amour, pirate des consentements, me talonnait de son étrave fuselée, incisive et insistante. Les yeux du monde se rivaient sur lui, l’arrogant, le sans-gêne, l’assaillant au monopole des amours unilatéraux.
Comment s’en défaire quand armé de sa flottille, il semblait surgir de tous bords, le départ à peine donné ? L’entraver serait impossible, l’aborder encore moins, le dénoncer aux organisateurs contre un retour plus long que la traversée ? Sans issue !
Se tapir dans la brume épaisse qui voulait recouvrir l’horizon tout entier semblait une solution plus avantageuse. Refuser de se distinguer au profit d’une humilité mieux convenue et discrète qui ferait de nous le commun des grands gagnants, face à l’adversité médiocre d’un lot se voyant déjà référence, prendre le « lead » sur les bons pour répandre cette illusion de normalité et autre imposture.
L’emporter au plus profond du « Fog », le piéger dans l’aspiration et lui enfoncer la gueule dedans lui serait sûrement plus fatal, personne ne pourrait briller quand l’océan tout entier refuse l’éclaircie.
On passait les quarantièmes rugissants, la brume se dispersait, les belliqueux du cœur feraient naufrage un à un. Et on pourrait commencer à humer un air du temps plus doux, un parfum délicat d’élégance et de regards séduits. Un sourire enjôleur à la jolie équipière et on passerait la ligne d’arrivée main dans la main. Le navire bien amarré, on prendrait soin d’y mettre les garde-rats. Quand on se comporte bien ou que l’on navigue à vue avec les yeux de l’amour, on arrive toujours à bon port, sans avarie, le cœur battant, l’air de rien. Une rencontre.
Champagne mesdames !
Saint Julot des Prés


































