Et dans ce roman, il y a des dessins ! Est-ce rassurant ? Pour tout vous dire, les images n’apportent rien au récit en soi. Mais elles s’ajoutent au côté foutraque et justement iconoclaste de l’œuvre concoctée par Saint-Julot des Prés – utilisons le pseudonyme choisi – pendant cette période dont nous nous souvenons tous, quand nous étions claquemurés chez nous, le printemps 2021. Oui, l’époque du couvre-feu, où les bars, hôtels, restaurants ainsi que la plupart des magasins avaient fermé leurs portes pour cause de pandémie mondiale.
Originalité ? L’auteur de ces dessins est un des nombreux personnages qui gravitent autour du héros, le dénommé Julot. D’ailleurs, si le titre paraît énigmatique, c’est parce que c’est le premier tome d’une série. Autant vous dire qu’on attend la suite avec impatience.
Nous voilà donc en Bretagne, pas dans les prés – ceux-là sont parisiens – mais dans un univers qui rappelle le bout du monde, à la façon des légendes de l’Antiquité grecque. La fin de la terre, le début de l’eau… et personne ne sait ce qu’il y a plus loin. D’ailleurs, personne ne s’en préoccupe. Julot se trouve là-bas pour réparer une cabane, au lieu-dit appelé Le Lavandier (nom fictif bien sûr). Et il raconte ses aventures truculentes.
Un roman qui fleure bon Audiard
Largement inspirée de la vie de l’auteur, l’intrigue nous fait rencontrer une partie de ses amis et de sa famille avec des portraits doux et tendres, dans un langage largement inspiré de Michel Audiard, le dialoguiste cultissime du cinéma français. C’est d’autant plus visible avec ces personnages répondant tous à des sobriquets comme Jackie Menthe à l’eau, la Merveille pour la progéniture du héros, l’Amiral ou encore l’Exotique (oui, ça, c’est l’autrice de ces lignes) ou Monsieur Lung (qui a donc fourni les fameux dessins qui illustrent fort joliment le tout).
Court, ce roman se lit d’un trait. Et c’est non seulement dû à ce lignage minimal mais également au côté feuilletonnant des nouvelles : on a envie de savoir la suite. Tout simplement. Truffé de saynètes parfois fabuleusement comiques ou sacrément mélancoliques, voire nostalgiques, mais toujours drolatiques, le livre nous embarque dans cette aventure qui sent bon le grand large et la liberté.
Saint-Julot des Prés a réussi la prouesse de transmettre cette sensibilité sans pleurnichage ni coup de théâtre phénoménal ou invraisemblable. La plume est légère, juste et bourrée de références. Les dialogues qui suivent ou précèdent chaque « calibre » – comprenez chapitre ou nouvelle – font invariablement sourire et pas toujours pour les mêmes raisons.
Pour le paraphraser, il nous fait passer un sacré bon moment, ce con.
Julot du Lavandier, vacances sans calibre par Saint-Julot des Prés, éditions du Pantéon, 12,90 euros
Photo remise par l’auteur.

































