Toute ma vie, j’ai rêvé d’être hôtesse de l’air.
Toute ma vie, j’ai rêvé d’avoir des talons hauts.
Toute ma vie, j’ai rêvé…
Oui, toute ma vie j’ai rêvé ! Et je rêverai encore pour des siècles et des siècles. Amen !
Mais rêver à quoi ? À quoi bon ? Bonne question.
J’ai rêvé sûrement trop fort, rêvé trop, trop tôt peut-être.
Rêvé que des mondes meilleurs pouvaient exister, que les amours durent, que la princesse charmante existe, et que nous pourrions être inoffensifs dans un monde de brutes en voie d’épaississement.
Enfouie quelque part, depuis la tendre enfance, il y avait en moi (en nous ?) une part plus discrète, plus tendre, plus douce, qui voulait, à sa manière, rivaliser avec les forces obscures et plus primaires du mâle en devenir.
Contempler les étoiles filantes sans oublier de caillasser la gueule d’un GI Joe en plastique. Ou enfiler les escarpins de sa mère en découvrant conjointement la pratique hilarante de l’hélico-bite* en milieu domestique. Travers schizophréniques d’une adolescence qui entraînerait le poupon réputé innocent vers une existence de doutes, d’appréciations, de jugements ou de ressentis plus ou moins pourvus de fondations solides.
Fallait-il déjà y voir le conflit interne attisé par la fameuse « part de féminité » que l’on voudrait voir en chaque homme ?
Si l’on s’en tient aux clichés qui veulent que l’homme soit brut et la femme douce, alors il est certain que tout comportement apaisé du bonhomme serait attribué à cette participation salvatrice d’une femme en lui.
La réciproque serait-elle vérifiable ?
Un accès de furie chez mesdames serait-il la manifestation d’une violente et incontrôlable poussée de testostérone, déclenchée par la bête tapie en elles ?
Bien loin des clichés et des (dés)équilibres hormonaux, il serait plus opportun de considérer ladite “part de féminité” de monsieur comme un désir assumé et volontaire de vouloir lui ressembler — en ce qu’il admire d’elle.
Sans aller jusqu’à porter la jupe, et sans faire de fixation sur la féminité, tout être brillant et admiré nous pousse à un mimétisme quasi automatique, forcé par l’admiration.
C’est ainsi qu’un roi devint soleil ou que certains parents se sont retrouvés à héberger d’étranges créatures devenues l’espace d’une adolescence, gothiques, cosplay, ou affublées d’un jean déchiré, d’un gilet en laine (de préférence non lavé) et de converses déglinguées — pour le fan du regretté Kurt Cobain que j’étais (et resterai… en mieux habillé).
Fin du mythe, mesdames !
Il n’y a pas, et il n’y aura pas, de part de féminité chez l’homme, mais une admiration plus ou moins affichée à votre endroit — celle qui fait de nous vos groupies invétérées, plus ou moins proches du premier rang, mais toujours en standing ovation à chacun de vos shows admirables et nous invite à vouloir vous ressembler comme on voudrait ressembler à nos idoles.
Restera tout de même à trancher cette histoire de créneaux…
Show must go on !
*Le choix de ce terme un chouya provocateur est assumé par l’auteur et par la direction, qui entend lui laisser sa liberté artistique
Crédit photo : Adobe/Yaroslav Astakhov




































