Le suivi du sport, pour moi qui ai commencé ma carrière journalistique dans ce secteur, est souvent révélateur de l’air du temps. Et l’élégance était une valeur de l’ancien monde. Pensez à ce joueur de football portugais très connu qui a carrément boudé il y a quelques années pour avoir un meilleur salaire.
Pensez aussi à l’équipe de France, oui, la nôtre, qui a fait la grève en 2010 lors de la Coupe du monde sud-africaine. Pensez à ces joueurs de tennis qui fracassent leurs raquettes au sol ou ailleurs. À ces sportifs qui changent d’équipe, de sponsors, de compagnes, et ainsi de suite, souvent sans aucune gêne et sous les yeux du monde entier. Sans parler de ceux qui ne pratiquent pas la boxe à titre individuel mais adorent faire le coup de poing quand le score ne tourne pas en leur faveur.
Et puis vint Félix Auger-Aliassime. Et ses valeurs. Sa valeur de joueur de tennis tout d’abord. Il va fêter ses 26 ans le 8 août et sa précocité a créé de grandes attentes. Il est aujourd’hui numéro 4 mondial, après avoir atteint les quarts de finale de deux tournois majeurs cette année.
Il a perdu deux fois lors de rencontres à la fois épiques dans leurs déroulements et magnifiques à voir pour toute personne qui aime ce sport. Et ce qui est frappant, c’est la différence entre ses réactions. Abattu après sa défaite face à l’Italien Fabio Cobolli, futur finaliste à Roland-Garros, y compris en conférence de presse. Beaucoup plus mesuré à Wimbledon après un quart de finale historique par sa durée – 5h15 – face à l’ancien numéro 1 mondial et recordman des trophées dans les quatre « Majeurs » Novak Djokovic.
Respect et reconnaissance
Signe des bons rapports entretenus avec son adversaire, Jelena Djokovic s’est fendue d’un post sur Instagram pour le féliciter de son exemplarité. C’est suffisamment rare pour être souligné.
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Autre aspect suffisamment rare pour être distingué. La séparation d’avec son entraîneur depuis dix ans, le français Frédéric Fontang. Deux longs posts sur Instagram sur leurs comptes respectifs. Photos, vidéos, texte, musique : ce n’est pas de l’expédié vite fait. On est dans un véritable hommage, un authentique merci. Et dans ce monde du sport de haut niveau parfois si cruel et adepte du « brûle ce que tu as adoré », ça aussi, c’est extrêmement peu répandu.
De fait, et l’entraîneur le confirme chez nos confrères de l’Équipe, cette décision a été mûrement réfléchie entre les deux hommes. Il s’agissait de modifier des choses et de permettre au joueur de passer dans une autre dimension, celle de ceux qui remportent le Graal tennistique : ces sacro-saints tournois du Grand Chelem (pour rappel et dans l’ordre calendaire : l’Open d’Australie, Roland-Garros à Paris, Wimbledon à Londres et Flushing Meadows à New York en septembre).
Évolution, pas rupture
Une évolution en somme. Félix Auger-Aliassime est devenu un homme sous la houlette de ce mentor avec qui il a collaboré dès l’âge de 16 ans. Il était donc temps de faire d’autres choix, pour progresser encore. Frédéric Fontang est maintenant rattaché à un autre joueur. Et Félix Auger-Aliassime ne pense pas avoir d’entraîneur officiel avant la fin de l’US Open. « Je cherche à évoluer, à apprendre. Pour moi, ça vient d’une grande curiosité que j’ai toujours eue envers mon sport. Je cherche des moyens pour m’améliorer même si aujourd’hui, je suis quatrième au monde. Je veux des solutions pour être encore meilleur sur quelques détails », déclare-t-il à nos confrères canadiens de La Presse.
Nous aurions aussi pu évoquer le côté humanitaire de ce garçon, qui verse de l’argent pour chaque point gagné en match officiel pour aider les enfants du Togo, pays natal de son père. Nous aurions pu parler d’un tas d’autres aspects dans son attitude également, immensément fair-play. De ses choix de sponsors également.
Mais cette séparation douce, profondément respectueuse, est ce qui a retenu notre attention. Le tennis, sport individuel par excellence, une des seules disciplines dont le temps de match n’est pas limité, peut aussi produire de la véritable élégance humaine, pas juste dans les tribunes ou sur le papier glacé des magazines.
Si seulement l’élégance de Félix et Frédéric, cette équipe, ce quasi couple qui peut se séparer aussi dignement, sans casser de vaisselle, sans amertume et avec tant de respect – si seulement cette élégance pouvait s’enseigner dans les écoles, les universités, les parlements, les entreprises et partout… Serait-ce un cliché de dire que le monde s’en porterait bien mieux ? Allez, osons le cliché. Merci Frédéric. Merci Félix et rendez-vous à New York.
Crédit photo de couverture : Skyscraper2010




































