Mesdames, la coupe est pleine, j’en ai marre, marre de me répandre en excuses, marre d’avouer les travers de nous autres, hommes promis à la déconstruction, et marre de porter le fardeau de tous quand vous ne nous rendez pas l’amabilité de votre exemplarité prétendue. Il est temps de faire le gendarme ! Et ne comptez plus sur moi pour monter la colline des égalités, la croix sur l’épaule, subissant la route.
Enough is enough !*
De guerre des sexes, il n’y en avait plus, ou presque plus, enfin plus tellement, jusqu’à ce que vous veniez lorgner sur le dernier bastion masculin (hormis le hors-jeu, cf. Albert Dupontel/Monique), celui que nous défendions il y a peu encore, à grands coups de double débrayage, d’excès de vitesse, d’avertisseur sonore et d’insultes savamment choisies dans le plus impoli des lexiques, souvent orienté à votre endroit.
Vous aviez la misogynie, les violences faites aux femmes, l’inégalité des salaires, la PMA et j’en passe. Alors pourquoi, pourquoi concentrer cette soif vengeresse sur un territoire acquis, conquis et historiquement réservé : la route ?!
La route, dernier bastion ?
Il n’aura fallu qu’un Covid et plus ou moins deux mandats d’Anne Hidalgo pour venir déterrer une hache de guerre que même les plus virulents des alphas s’étaient résolus à oublier. Faire naître la bête, peaufiner l’ouvrage qui ferait vivre le monstre d’un Frankenstein décarboné : la femme au guidon.
It’s alive.
Inutile donc de vous féliciter, mesdames ! À l’heure où nous, grands primates, avons entamé une adaptation à un monde plus juste, plus apaisé et consenti que notre modèle devait évoluer, vous ne trouvez rien de mieux à imaginer que de singer nos travers les plus bas, vieux de presque un siècle, que nous venions à peine d’abandonner (pour une majorité) sans broncher, sans ciller, en abdiquant sagement tout en assumant les pratiques honteuses de nos prédécesseurs. La queue basse, au prix, et épris, d’une prise de conscience contrainte et parfois forcée (merci pour ça), nous vous avons cédé la route. Mais ne vous méprenez pas, mesdames, nous ne sommes ni l’État ni un concessionnaire autoroutier, et quand nous cédons, il n’y a de contrat que de contrat moral. Celui que vous venez piétiner, pour ne pas dire violer.
J’en viens aux faits.
Conscient que la revanche vous anime, que le temps de la bonne femme assise sur le siège passager est révolu et que le GPS vous dispense, pour ne pas dire vous sauve désormais, de vous faire incendier par le rustre au volant pour la simple raison que vous teniez la carte Michelin à l’envers, pourquoi devenir, en un éclair de temps, le même gougnafier que le roi de la route des années 60 ? Car il faut le dire, mesdames, depuis que vous enfourchez la monture à deux roues, vous vous comportez comme le pire des automobilistes en territoire conquis par le gazole.
L’homme s’est calmé, la femme s’excite.
Drôle de valse, droite et pédante à son guidon, le code de la route en bandoulière devient une option quand il n’est pas simplement inconnu, et la véhémence des propos présumait l’étendard d’une lutte qu’on ne dit qu’en passant, là où le bonhomme viril, obséquieux, osait stopper et sortir de la tire pour en venir aux mains.
Qui n’aurait pas rêvé de voir ces vieux rois de la route supplantés par des déesses voluptueuses, sages, polies et appliquées ? Mais vous ne faites aucun effort, mesdames. Pire encore, vous mimez et singez au rabais le vieil acariâtre frustré, Gitane au bec et fenêtre fermée, celui que vous haïssiez hier, votre casque rose bonbon vissé sur la tête comme un laissez-passer pour la mauvaise conduite. Vous n’êtes devenues autre que lui.
Un peu de bon sens, mesdames, changez de braquet, la voie est libre, respectez-la, soyez attentives à toutes les couleurs de la vie, du vert au rouge en patientant à l’orange, et ne devenez pas le miroir pervers de cet homme imbu que vous avez tant combattu et qui, après bien des mâles, finit par s’apaiser.
Femme au guidon, mort au muflon !
*Enough is enough : ça suffit maintenant !
Crédit photo de couverture : Mihajlo Maricic/Adobe




































