Abordons le dernier chapitre de notre série sur les boissons de fêtes. Après l’effervescent Crémant, le Jurançon sec et/ou moelleux, les thés de Noël, nous nous intéressons à un secteur en pleine mutation. C’est celui des spiritueux et des alcools* forts. Car le goût de la clientèle, de plus en plus cosmopolite, a beaucoup varié ces dernières années et quelques enseignes ont réussi à accompagner ces changements et à s’adapter à une clientèle qui a désormais d’autres attentes qu’un simple digestif ou une liqueur pour accompagner le fameux trou normand, respiration dans les repas familiaux. Nous avons observé et goûté quelques nouveautés et nous avons demandé son avis à un spécialiste, Victor Delpierre, champion du monde, barman, barrista, consultant et créateur.

« C’est trop fort ! » En France, avec les nouvelles lois, la sécurité routière, etc, la consommation de spiritueux et d’alcools forts a tendance à chuter. Entre 1961 et 2010, la consommation d’alcool en France a baissé de moitié, passant de 26 à 12 litres par habitant de plus de 15 ans chaque année selon les chiffres donnés par le gouvernement sur le site alcool info service. Le vin, alcool le plus consommé en France, est celui qui a été touché le plus durement. Parmi les personnes qui déclarent avoir bu de l’alcool dans les douze derniers mois, 85% déclarent avoir bu du vin, mais 63% évoquent un spiritueux dans leur consommation. De plus en plus, la consommation d’alcool, de courante, devient festive et événementielle.

Du point de vue de Victor Delpierre, pour faire face à cette baisse et dans la droite ligne d’une consommation d’exception, il faut pouvoir ritualiser une fin de repas au restaurant : « On va rechercher un vrai moment de convivialité pour bien terminer ce moment, il faut créer une vraie expérience. Le client s’en souviendra et voudra revenir. Personnellement, je mets en place des fins de repas en accord avec l’ADN du chef, souvent spectaculaires et réalisées devant le client ».

 

lifestyle gourmand healthy boissons alcool spiritueux innovations fêtes eau-de-vie liqueurs

Victor Delpierre et un de ses outils préférés : une machine à café. Document remis

 

Victor Delpierre a un triple cursus de maître d’hôtel, de barman et de barrista, c’est-à-dire de créateur à partir de boissons chaudes et particulièrement, de café. La recherche d’une liqueur en accord avec ce dernier est donc une de ses pistes les plus sérieuses. « Quand j’ai été champion du monde de barrista en 2013, j’avais créé un produit global avec du café, du cognac et un cigare ». La loi Evin n’étant pas très loin, ce combo n’est évidemment pas envisageable partout. Et quand on parle de produit global, c’est qu’on vous propose la formule toute entière, la boisson chaude (qui peut aussi être un thé, voire une infusion) et l’alcool qui va avec. Le cigare reste une option !

«  J’ai créé Baristéa dans cette optique ». Victor Delpierre a travaillé sur cette ligne de rhums arrangés accompagnés de thés, infusions et cafés en accord durant un an et demi. La ligne est sortie en décembre dernier. Les rhums ne sont pas très forts, 30° d’alcool : « La tendance est à peu de sucre et peu d’alcool, de plus en plus ».

Cette modification des habitudes a été accompagnée par les marques. Il ne suffit plus de vendre des produits « simples ». Alors on déploie des trésors de créativité et les cerveaux phosphorent pour offrir à une clientèle qui se tourne de plus en plus souvent vers la qualité que vers la quantité, vers des produits innovants. Nous allons en découvrir plusieurs exemples avec deux fabricants qui ont accepté de jouer le jeu de la dégustation avec la Black G, une vodka aromatisée au caviar d’une part, et d’autre part, la maison alsacienne Massenez et ses produits inédits à base de fruits et de légumes, voire d’épices… qui ne se boivent pas forcément !

La vodka caviar pour en mettre plein la vue

Un produit de luxe s’il en est, que cette vodka caviar, la Black G. La vodka est un alcool fabriqué à partir de sources diverses selon leur lieu de production : pommes de terre, blé, seigle, avoine… Et cela n’est pas indiqué sur l’étiquette, à part utilisation d’autres matières premières comme la betterave ou le raisin qui doivent être mentionnées, selon la réglementation en vigueur dans l’Union européenne (cette dernière surveille de près ce marché). La vodka au caviar créée par Gaël Bonnel Sanchez, ancien footballeur et producteur de cinéma, est fabriquée à partir de blé. Elle affiche un taux d’alcool de 40°, ce qui la situe dans la moyenne.

 

lifestyle gourmand healthy boissons alcool spiritueux innovations fêtes eau-de-vie liqueurs

La vodka Black G prend un peu le soleil d’hiver. Crédit photo : Tastylifemagazine.

 

Elle comporte des extraits naturels de caviar, mais on ne sait pas exactement quelle quantité. La première chose que l’on peut noter, c’est l’aspect de la bouteille, et même du bouchon. Très typé, le flacon se veut vraiment design, avec même un énorme strass qui prend toute la largeur de ce bouchon, totalement transparent. Comme dirait l’autre, « ça en jette ». Prenez de beaux verres pour achever d’épater vos convives.

 

lifestyle gourmand healthy boissons alcool spiritueux innovations fêtes eau-de-vie liqueurs

Le bouchon-bijou de la vodka. Pas mal, hein ? Crédit photo : Tastylifemagazine.

 

Côté goût, ma foi, on se situe dans une bonne moyenne. Elle n’a pas du tout le goût d’alcool à 90% que peuvent avoir certaines de ses consoeurs. Le petit goût iodé du caviar est aussi là pour tempérer cette tendance. À part cela, on est pile-poil dans la tendance du goût peu sucré, forcément, mais également assez neutre. Le caviar est présent mais discret.

L’innovation dans les spiritueux selon Massenez : cocktails et recettes

 

La maison Massenez, en Alsace, a pris un virage dans la modernité, tout en restant fidèle à ses racines. Beau joueur, Victor Delpierre admet : « J’aurais voulu en avoir l’idée ». Il parle de la ligne Garden Party, créée l’année dernière.
Garden Party, la fête du jardin en français, c’est une collection d’eaux-de-vie et de liqueurs de légumes et de plantes, proposée en bouteille ou en spray. Surprenant mais passionnant. Il est à noter que les distillateurs alsaciens ont une règle : jamais d’ajout chimique dans les eaux-de-vie. Elles sont uniquement composées du fruit, du légume ou de l’épice, d’alcool et d’eau. Rien de plus.

 

lifestyle gourmand healthy boissons alcool spiritueux innovations fêtes eau-de-vie liqueurs

Une partie de la gamme Garden Party se mire dans le plateau argenté. Crédit photo : Tastylifemagazine.

 

Les sprays affichent un taux d’alcool à 69° et les liqueurs en bouteille, à 17°. Le but étant d’apporter à vos préparations une petite touche herbeuse ou épicée, selon votre choix. Fermez les yeux. Ouvrez les bouteilles ou vaporisez les sprays sur vos poignets comme un parfum. Humez. Le romarin, le basilic ou le concombre vous paraîtront à portée de main.

Pour les sprays, les plantes sont soigneusement sélectionnées, elles macèrent puis sont distillées. Vient l’étape de l’affinage où on rajoute de l’eau pour obtenir le bon degré d’alcool, puis les eaux-de-vie sont embouteillées. Le processus est identique pour les liqueurs en bouteille, à part l’ajout d’un colorant naturel au moment de l’affinage.

Le résultat ? Un goût évidemment plus ou moins prononcé selon la quantité de produit mais on retrouve l’essence de la matière première. Un peu magique, nous avons été bluffés. Il existe de très nombreuses variétés. Côté spray, le curry, le piment d’Espelette côtoient la coriandre, l’ail ou les cèpes. Côté liqueurs, le lin, l’orge, le concombre, l’avoine, les carottes jouxtent l’olive noire. Le mieux, c’est d’aller voir sur le site pour acheter, et éventuellement consulter des recettes imaginées par François Lachaux, meilleur ouvrier de France.

 

lifestyle gourmand healthy boissons alcool spiritueux innovations fêtes eau-de-vie liqueurs

Un rayon de Golden Eight. Crédit photo : Tastylifemagazine.

 

Notre coup de cœur n’est cependant pas celui-là. C’est une douceur, un « bonbon » comme diraient certains. La maison Massenez est célèbre pour ses eaux-de-vie Framboise Sauvage et Poire Williams. Elle s’est fortement diversifiée avec sa ligne Miss Massenez et son concept de demoiselle globe-trotteuse et amatrice de breuvages fruités, mélanges d’eaux-de-vie, de liqueurs et de jus de fruits.

Cependant, notre préférence du moment va à cette merveilleuse liqueur de poire, la bien nommée Golden Eight, le huit doré. Huit car la forme de la poire, et donc de la bouteille, peut parfois rappeler ce chiffre ou parce que c’est la huitième merveille du monde ? Quoi qu’il en soit, cette liqueur suave donne l’impression de croquer dans un fruit mûr à point, juteux à souhait et gorgé de soleil. Elle peut se boire seule ou en cocktail, mais si on peut se permettre un avis, et on se le permet allègrement, nous sommes d’accord avec tous ces jurys qui ont récompensé la Golden Eight à travers le monde. C’est une merveille, essayez-la.

PS : il y a aussi une nouveauté que nous n’avons pas goûtée mais qu’on vous recommande chaudement : le Purple Gin, du gin haut de gamme agrémenté de la fameuse Griotine de la maison Peureux… On ne peut que vous encourager à tester !

lifestyle gourmand healthy boissons alcool spiritueux innovations fêtes eau-de-vie liqueurs

Le Purple Gin. Photo Massenez.

* L’abus d’alcool est dangereux. Sachez consommer avec modération.

Rendez-vous sur Hellocoton !

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît, enregistrez votre commentaire
Ecrivez votre nom ici s'il vous plaît